Voilà, c’est fini. L’ultime épisode de Hero Corp vient d’être diffusé. Il aura fallu 10 ans à Simon Astier et sa bande de potes pour terminer ce projet. Et ça n’a pas été facile ! L’équipe s’est battue pour financer et diffuser son oeuvre et ils ont réussi ! Une série de super-héros comique et dramatique en France ? C’est possible !

Avant d’attaquer la critique de la saison 5, voici une petite retrospective pour les plus sceptiques. En effet, pas mal de personnes dans mon entourage ne comprennent pas l’engouement autour de cette série. Depuis qu’elle est disponible sur Netflix, la série est devenue très accessible et même si les premiers épisodes peuvent en rebuter certains, il faut savoir qu’au fil des saisons, la forme de la série (réalisation, photographie, acting…) est devenue très intéressante, sans ne jamais négliger l’écriture, grâce à une passion hallucinante de l’équipe et une mobilisation immense des fans depuis 10 ans.

Hero Corp c’est avant tout un petit projet qui a énormément grandi, appris. Regarder Hero Corp de bout en bout, c’est contempler une aventure humaine très forte. C’est visualiser à quel point la passion et le talent permettent de faire de grandes choses.

Saison 1

L’action se déroule dans un vieux village paumé ou John (Simon Astier) vient assister à l’enterrement de sa tante. Il est accueilli dès les premières scènes par des protagonistes plutôt étranges, voir totalement timbrés et va rapidement s’apercevoir que les habitants de ce village sont tous des super-héros de l’agence internationale Hero Corp, devenus totalement nuls.

Acid-Man par exemple, qui pouvait à l’époque lancer de l’acide très puissant avec ses doigts ne peut lancer que du shampoing, du shampoing doux ! Qui ne pique même pas les yeux ! On fait aussi la connaissance de Brasier, qui, avant de se contenter de faire cuire le pain de sa boulangerie, pouvait lancer des immenses déflagrations.

De même pour Captain Cold, qui était capable de lancer des piques de glace immenses… Avant de se retrouver à servir des verres bien frais dans son bar. Stan peut quant à lui utiliser ses pouvoirs de persuasion pour faire exécuter une action à son adversaire… Seulement si ce dernier est d’accord avec lui… Mais John va rapidement se retrouver impliqué dans un combat pour la survie des super-héros et en apprendre plus sur son propre passé.

J’ai rapidement accroché à cette première saison. Certes, la forme n’est pas extraordinaire. Le budget reste assez limité pour que le rendu soit exceptionnel, mais le tout reste tout de même très fluide à suivre. Le point fort de cette première saison de Hero Corp, ce sont les dialogues et les situations totalement barrées ainsi que la trame narrative de base. La série, à ce moment-là, n’adopte pas encore une ambiance sombre et sérieuse et se concentre plutôt sur l’humour, mais quelques indices permettent tout de même de deviner cette future direction.

Saison 2

Cette deuxième saison reste dans la lignée de la première, mais c’est dans son écriture que le rythme s’accélère. Les enjeux sont posés, les antagonistes prennent une place beaucoup plus importante, les environnements changent, les acteurs sont de plus en plus à l’aise et la série commence à mixer son humour habituel avec des situations plus dramatiques. L’univers de Hero Corp commence à se mettre en place et il faudra attendre quelques années pour qu’une troisième saison soit financée.

Saison 3

C’est France 4 qui prendra la décision, après une immense mobilisation des fans, de produire une troisième saison (. Entre Application et Webserie pour promouvoir cette nouvelle fournée, l’univers de Hero Corp s’étend et s’enrichit. Mais c’est surtout du côté de la réalisation que la série commence à trouver a vraie personnalité. Belles lumières, meilleurs costumes et effets spéciaux, tout est là pour poser l’ambiance que Simon Astier voulait sûrement donner à sa série depuis le début. Le propos de la série devient d’ailleurs plus sombre. On garde l’humour, mais le drame prend une place beaucoup plus importante.

Saison 4

France 4 produira un an plus tard une quatrième saison. C’est ici que la série fait un énorme pas en avant sur tous les plans (acting, réalisation, écriture). L’équipe continue de mettre toute ses tripes dans le projet pour un rendu hallucinant. C’est dynamique, émouvant, touchant, drôle, et flippant. Tous les genres sont présents dans un ensemble très cohérent. La différence avec les anciennes saisons est gigantesque, avec le même budget.

Saison 5

Et il faudra attendre 2017 pour découvrir la saison ultime de la série. afin d’agrandir le budget et promettre une experience toujours plus folle, Simon Astier lance une campagne de financement participatif sur Ulule (60 000€ demandés, 300 000€ récoltés). La bande annonce prouve à quel point la série franchie une nouvelle étape sur la forme, sans ne jamais négliger le fond.

Une saison qui dépasse toutes les limites de ce que l’on peut créer avec de bonnes idées, une sincérité hors du commun et une ambition à toute épreuve. Je n’ai pas envie de vous dévoiler ne serait-ce qu’une infime partie du scénario de cette saison, mais il est clair qu’elle parvient à nous faire passer des rires aux larmes sans aucun soucis. Tout est maîtrisé : les enjeux, la photographie, l’ambiance… La bande son de Etienne Forget sublime l’image et n’a rien à envier aux grosses productions du grand écran. Les influences sont nombreuses (je dirais Mad Max pour la plus flagrante) et on sent que les acteurs donnent leur maximum pour terminer leur bébé, car oui, Hero Corp est un projet parti de rien, qui aujourd’hui peut être fier de lui. Fier des messages qu’il a réussi à véhiculer, fier d’être resté debout malgré les difficultés financières et les longues périodes d’incertitudes sur l’avenir du projet, fier d’avoir réussi à fédérer autant de fans, des fans qui ont eu raison de soutenir et de faire confiance a Hero Corp jusqu’au bout.

Le final est d’ailleurs une leçon tant les émotions s’entrechoquent. C’est simple, j’ai ressenti plus de choses devant les deux derniers épisodes de Hero Corp que devant n’importe quel film de super héros Marvel ou DC. Parce que les enjeux sont puissants et que les personnages sont forts, ils sont devenus une bande de potes, ils nous font tellement rire depuis ces 5 dernières saisons et sont tellement impliqués que l’on ne peut que se sentir triste quand on doit les quitter définitivement au générique de fin.

J’en avais déjà parlé dans un podcast, mais c’est vraiment une série qu’il faut soutenir, elle est très importante car elle montre qu’en France il est possible de créer ce genre d’oeuvre. Une oeuvre intelligente et ambitieuse. On espère que Hero Corp va booster la création des séries de genre en France, que ce soit à la télévision ou sur internet. Elle prouve qu’aujourd’hui, plus que jamais grâce à internet et au financement participatif, le public peut permettre à des oeuvres de vivre afin d’établir une relation de confiance entre lui et l’auteur.

D’ailleurs, voici le générique de la saison 5 : tout est là pour clôturer cette belle série de la plus belle manière qui soit. On est très loin de la saison 1.

Merci Hero Corp, merci Simon Astier, merci à cette équipe de dingue et à sa sincérité. PINAAAAAAGE.

PS : n’oubliez pas de jeter un oeil aux deux bandes dessinées très réussies, éditées par Soleilprod qui racontent l’histoire des super-héros à l’époque ou c’était de vrais super-heros! (Tome 1 ici)

En bonus, la BO de la saison 4 et le Soundcloud d’Etienne Forget