DUNE – Des airs d’espoir.

Il y a des œuvres qui vous captivent, qui vous marquent à vie. Par ses thèmes, sa poésie, sa qualité d’écriture et ses personnages, Dune est un univers qui m’a profondément marqué lors de ma première lecture. Ses thèmes sont de plus en plus pertinents au fil des décennies et j’espérais depuis longtemps, qu’un jour, une œuvre cinématographique parvienne à retransmettre l’œuvre de Frank Herbert sur grand écran

Et on ne va pas se mentir, le défi est titanesque. Le cycle de Dune est composé de 6 romans, écrits par Frank Herbert et complété par la suite par 12 autres romans, écrits par son fils, Brian Herbert et Kevin J. Anderson.

Petit historique

Le premier roman du cycle, « Dune », sorti en 1965, est le roman de science-fiction le plus vendu au monde, marquant toute une génération de lecteur et d’auteur. Il est donc tout à fait logique que plusieurs réalisateurs essaient de retranscrire cet univers à l’écran.

Alejandro Jodorowsky fût le premier à travailler sur le projet en 1975 (voir l’excellent documentaire Jodorowsky’s Dune), malheureusement, son film n’a jamais vu le jour. C’est ensuite Ridley Scott qui s’y essaya, avant de finalement travailler sur son Blade Runner.

C’est finalement David Lynch, avec son film de 1984, qui parvint en premier à transposer Dune sur le grand écran, avec les moyens techniques de l’époque. (Un excellent film au passage, pour lequel j’ai une affection toute particulière).

Sting dans le Dune de David Lynch. De Dune à Kaamelott, il n’y a qu’un pas.

Mais pour bien adapter une œuvre comme Dune, et contrairement à beaucoup de blockbusters récents, l’argent des studios et des beaux effets spéciaux ne suffiront pas. Il faut faire des choix sur le plan scénaristique et travailler sur le rythme, prendre le temps d’expliquer tous les différents enjeux et éviter de perdre le nouveau public qui n’a aucun repaire.

Diviser pour mieux régner

C’est donc une des premières bonnes idées du film : diviser le premier roman en deux films. Le premier film peut donc se concentrer sur la présentation de son (très riche) univers afin de rester digeste tellement le flux d’information du premier roman est conséquent. Une décision risquée, puisque l’existence du deuxième film dépend entièrement du succès du premier. Un choix qui n’a pas dû être évident, surtout pour une production de cette taille.

Cette décision permet au film de Denis Villeneuve de rester fidèle au roman tout en ayant le potentiel d’attirer un nouveau public.

Une grande richesse scénaristique

Dune, c’est avant tout une grande histoire de conflit politique et la convoitise d’une seule planète : Arrakis (Dune). Pourquoi ? Parce que c’est la seule planète du système où l’on peut trouver de l’épice, une substance permettant, entre autre de doper les capacités mentale et d’assurer les voyages spatiaux. C’est donc sans surprise que les diverses factions de l’univers vont vouloir exploiter Arrakis. Cela donne naissance à quelques-uns des thèmes majeurs de l’œuvre de Frank Herbert : La colonisation et l’exploitation des ressources humaines et naturelles à des fins économique.

Tous ces conflits donnent lieu à beaucoup d’intrigues et de personnages. Le film réussi à trier toutes ces informations et nous fournir seulement ce qui est nécessaire pour rester digeste, sans omettre tout de même les grandes lignes qui font de Dune une grande œuvre de science-fiction. Pour résumer, le film n’édulcore en rien l’œuvre de Frank Herbert et parvient judicieusement à conserver le fond. Et le fond, c’est ce qui fait la qualité des plus grandes œuvres de science-fiction.

Une terrain de jeu visuel

Dune est aussi dotée d’un univers visuel au potentiel incroyable. Et c’est sur ce terrain que Denis Villeneuve va pouvoir déployer tout son talent pour nous embarquer sur Arrakis, planète totalement désertique, avec sa propre ambiance, ses propres codes, ses coutumes et ses créatures.

Denis Villeneuve adore les plans larges et quel meilleur terrain de jeu pour lui qu’un film se déroulant dans le désert. Les rapports d’échelles sont absolument gigantesques. Il en va de même pour les scènes se déroulant à l’intérieur, une architecture immense et très froide, des couloirs hors normes… Le réalisateur met en scène tout un univers taillé pour ses obsessions.

La distribution est d’ailleurs de premier choix. Timothée Chalamet est très convaincant dans son rôle principal et on peut sentir sur son corps et son visage le poids de la responsabilité de Paul Atréide, qui doit trouver sa place dans un monde qu’il ne connait pas. Il en va de même pour le reste des acteurs, qui donnent l’impression d’être très impliqués dans ce projet gargantuesque, en restant à la hauteur de leur personnage.

Le travail sur les costumes permet de développer les différentes familles de l’univers de Dune. On retrouve les robes noires et les visages cachés du Bene Gesserit, les armures guerrières des Harkonnens, les tenues plus distinguées de la famille Atréide… Chaque famille est définie visuellement, on comprend tout de suite leurs desseins en voyant leur style. Mention spéciale au Distille, destiné à survivre dans le désert, extrêmement bien réussi.

De l’action modérée mais spectaculaire

Dune est un univers ou le combat au corps à corps et à la lame prédominent. Pour se protéger, les personnages utilisent un bouclier qui protège leur corps entier des impacts des lames et des balles. La seule manière de pénétrer un bouclier est d’enfoncer lentement la lame à travers ce dernier, ce qui rend les chorégraphies des combats absolument somptueuses.

Les boucliers dans le Dune de David Lynch… Il avait inventé Minecraft 30 ans avant (j’aime ce film <3)

Côté scène d’action, et contrairement à ce que peut montrer la bande-annonce, le film ne s’amuse pas à en rajouter pour capter l’audience et ne rien raconter. Elles sont placées a à des moments logiques, suivant le roman, et n’en font jamais trop. La scène d’action principale est d’ailleurs spectaculaire, avec une impression de destruction massive ahurissante, que ce soit le design et la taille des vaisseaux, les effets sonores, les mouvements de caméra… Le chaos est palpable et lisible, une scène d’une grande maitrise qui laisse présager des séquences absolument épiques pour le prochain film.

Un danger palpable, omniprésent

Les vers sont absolument somptueux et participent grandement à la réussite du film.

La représentation du danger omniprésent sur Arrakis est sans aucun doute la plus grosse réussite du film. C’est simple, quand un personnage se retrouve seul dans le désert, on sait qu’il n’a aucune chance de s’en sortir sans connaitre les coutumes Fremens (le peuple natif d’Arrakis) et les dangers du désert. Et il existe une principale menace sur la planète qui sont les vers des sables (les Shai-Hulud). Créatures sacrées des Fremens, quasiment divines, les vers des sables soulèvent des volumes de sables impressionnants et font vibrer le désert. Ils se repèrent au son et marcher avec des bruits de pas réguliers signifie la mort. Le film parvient, avec une mise en scène hors norme, à retranscrire cette menace à la perfection. Le design des Shai-Hulud est extrêmement réussi et fait honneur à l’une des créatures les plus incroyables de la science-fiction.

On a enfin le Dune que le monde mérite ?

Pour conclure, la tâche était difficile, mais en évitant de livrer un blockbuster restant en surface et en explorant les profondeurs de Dune, Denis Villeneuve parvient à adapter l’œuvre de Frank Herbert sur grand écran avec brio. Grâce à un découpage astucieux, une mise en scène hors norme et la mise en avant des thèmes de roman de plus en plus cruciaux à notre époque.